BelemPierrerire
Je suis né à Ampsin, Belgique. Tu parles d’un nom: deux petites voyelles écrasées par quatre consonnes. Plus fort, la rue s’appelle des Gânons en mémoire de deux frères qui ont assassiné un curé à coups de faux. Belle mentalité! Enfant gâté, je ressemble à un Candide copié sur Leonardo Sciascia. Vous savez le genre de type qui donne naïvement 100 $ à un sans abri qui s’empresse d’aller les boire et, complètement saoul, se fait écraser par une voiture en sortant du bar.

Études en cinéma, radio, télévision à l’Institut des hautes études de communications sociales à Tournai que je n’ai pas terminées. le Président de l’école avait fait pression pour nous mettre en échec, ma future épouse et moi, parce qu’il avait appris que nous vivions ensemble en dehors des« liens sacrés du mariage » et que c’était intolérable dans une école catholique.

3RenaultPicLaperinneMais avant cet échec, je ressens un accomplissement à bord du bateau qui nous emmène d’Algésiras à Ceuta. Nous partions à une dizaine d’étudiants pour une expédition dans le Sahara algérien avec quatre Renault 6 prêtées par Renault Belgique et de la pellicule donnée par Agfa-Gevaert, Anvers. Premier départ vers le Québec pour laver l’affront. Je fais une maîtrise en service social à l’Université de Sherbrooke tout en m’intéressant aux expériences de télévision communautaire qui se développaient à ce moment-là.

Retour en Belgique. Le Ministère de la culture développait des télévisions communautaires sur le modèle du Québec. Je suis donc un expert et je développe avec deux collègues et amis une petite expérience dans un quartier d’immigrés à Andrimont-Dison puis une grosse expérience à Liège pour les travailleurs sans emploi, Canal Emploi. Le climat politique et institutionnel est tellement complexe et absurde que je me mets à regretter tout ce que j’avais pu faire au Québec.

Nous y sommes de retour en 1981 ChasseacourrePJBCouturecomme entrepreneurs-investisseurs. Le projet de restaurant présenté par ma femme a été retenu par la Délégation générale du Québec à Bruxelles. Ce projet sera mon Waterloo, en tout cas, en ce qui concerne l’argent que m’a laissé mon père. Naïf, vous dites! Mais en même temps, je n’ai pas lâché mon rêve d’être réalisateur. Je suis embauché comme agent de programmation par Radio-Québec (Télé-Québec aujourd’hui). Mon directeur met fin à mon contrat en me donnant la réalisation d’un épisode de la série d’affaires publiques que j’ai développée. Je la fais sur un personnage lié à l’observatoire astronomique du Mont-Mégantic.

J’emploie les services techniques de CKSH à l’époque qui exploite la licence de Radio-Canada en région à laquelle viendra s’ajouter la licence de TQS. Je fais la connaissance du directeur de la programmation de CKSH qui me confie les « Reflets d’un pays » pour Radio-Canada, honoraires de 1000$ pour une heure de télévision! J’en fais quatre durant l’été. Mais c’est parti, je suis réalisateur et je le resterai quelles que soient les circonstances dans lesquelles j’exercerai ce métier qui est pour moi un mode de vie. Entrer partout, aller dans tous les sens de la vie, quel privilège! Il y aura 50 heures de télévision, plus d’une centaine de vidéos corporatifs et institutionnels, plus de 2000 messages publicitaires.

PierreBeaulieurevJe suis aussi fasciné par tous ceux qui ose monter sur une scène. Une série sur les arts de la scène en Estrie m’amènera à suivre plusieurs groupes et à réaliser la plupart de leurs vidéos de promotion de spectacle pendant 25 ans, toute une génération de la vie culturelle estrienne en arts de la scène. Ma caméra s’est promenée, évidemment en Europe, en Afrique (Algérie et Maroc), en Chine et au Brésil. Elle a passé quatre ans dans les forêts mauriciennes et estriennes.

Il y a énormément de beaux personnages rencontrés mais celui que je retiens en premier lieu, c’est Ignace, le déficient intellectuel qui travaille dans une usine de récupération de papier. Il ramasse les enveloppes qui passent sur son convoyeur et, après sa journée, il découpe les timbres. Il en apporte de gros sacs poubelles aux petites sœurs de Marie à l’Oratoire St-Joseph. Celles-ci les revendent aux philatélistes pour des sommes considérables et avec l’argent, elles construisent des écoles et des églises en Afrique et en Amérique latine, une présence à l’autre plus grande que pour la plupart d’entre nous. C’est de cet humanisme là dont je veux témoigner et toujours produire du sens pour la télévision ce qui n’est pas forcément dans l’air du temps.